Location de voilier ou catamaran : comment faire le bon choix selon son équipage et son programme de navigation

Location de voilier ou catamaran : comment faire le bon choix selon son équipage et son programme de navigation

Chaque hiver, je vois revenir les mêmes questions dans les mails d’élèves ou de locataires : « On prend un catamaran ou un voilier ? », « On sera 6, tu nous conseilles quoi ? », « Pour les Baléares, plutôt mono ou cata ? ». Et derrière, toujours les mêmes déceptions : équipage malade sur un monocoque mal choisi, catamaran trop cher pour un programme côtier tranquille, ou inversement, une famille entassée dans un 35 pieds pour deux semaines…

Dans cet article, on va poser les choses clairement : comment choisir, de façon rationnelle, entre voilier monocoque et catamaran, en fonction :

  • de votre équipage (profil, expérience, attentes) ;
  • de votre programme (zone, météo, rythme, manœuvres) ;
  • de votre budget réel (location + ports + gasoil + annexes, etc.).

Objectif : que votre bateau soit un outil adapté à ce que vous voulez faire, pas un piège flottant ou un gouffre financier.

Commencer par la seule vraie question : avec QUI partez-vous ?

Avant de parler de carène, de stabilité ou de tirant d’eau, commencez par l’équipage. C’est lui qui dicte 80 % du choix.

Posez-vous ces questions, noir sur blanc :

  • Combien de personnes à bord, réellement ? (pas « normalement » mais « au maximum prévu »)
  • Combien dorment en couple ? Combien en cabine individuelle ?
  • Y a-t-il des enfants ? Quel âge ? (un enfant de 4 ans et un ado de 14, ce n’est pas le même sujet)
  • Combien ont déjà navigué ?
  • Y a-t-il des personnes très sujettes au mal de mer ?
  • Y a-t-il des personnes à mobilité réduite ou un peu « raides » physiquement ?
  • Quel niveau de confort attend l’équipage ? (douche chaude tous les jours ? cabines fermées ? WC séparés ?)

Deux cas de figure typiques que je rencontre souvent :

Cas n°1 : Équipage familial peu expérimenté

  • Deux parents, deux enfants, parfois un couple d’amis en plus ;
  • Envie de mouillages abrités, pas trop de nav de nuit ;
  • Confort, espace et intimité importants ;
  • Peu (ou pas) d’expérience de la gîte.

Dans ce cas, le catamaran marque souvent beaucoup de points : bateau « à plat », grandes cabines, cockpit immense, circulation facile. C’est rassurant pour les non-marins et ça permet de passer de bonnes vacances même si le vent est faible ou mal orienté.

Cas n°2 : Équipage motivé par la navigation

  • Groupe d’amis ou équipage déjà un peu formé ;
  • Intérêt réel pour la manœuvre, les réglages, voire quelques navigations de nuit ;
  • Tolérance au confort plus « rustique » ;
  • Budget un peu serré.

Là, le monocoque reprend l’avantage : sensations sous voiles, simplicité des manœuvres, budget plus raisonnable, meilleure capacité à remonter au vent, plaisir de barre plus direct.

Retenez un principe : plus l’équipage est « vacances club » et peu habitué, plus le cata devient pertinent. Plus l’équipage est « passion voile », plus le monocoque retrouve son sens.

Monocoque ou catamaran : les vrais plus et les vrais moins

On va passer en revue les critères qui comptent vraiment, avec un retour d’expérience de location et de convoyage.

Stabilité et confort de vie

  • Catamaran : quasi pas de gîte, le bateau reste à plat. C’est énorme pour :
    • les enfants, qui peuvent jouer sans valser ;
    • les personnes âgées ou peu à l’aise en équilibre ;
    • le mal de mer (moins de roulis à l’arrêt, surtout au mouillage bien orienté).
  • Monocoque : gîte permanente dès 12–15 nœuds réels, ce qui peut être très fun pour l’équipage motivé… ou cauchemardesque pour les non-initiés. Par contre, au mouillage, un bon monocoque roule souvent moins qu’un cata exposé à la houle de travers.

Espace et intimité

  • Catamaran :
    • Grand cockpit + carré de plain-pied : tout le monde vit ensemble, dedans/dehors ;
    • Cabines réparties dans les deux coques, ce qui permet une vraie intimité entre couples ;
    • Idéal pour 8 à 10 personnes sur 40–45 pieds.
  • Monocoque :
    • Plus « tout le monde sur tout le monde » à partir de 6–8 personnes ;
    • Cabines plus petites, moins de rangement ;
    • Mais ambiance plus « bateau », plus compacte, qui plaît souvent aux équipages motivés.

Manœuvres et gestion pour le skipper

  • Catamaran :
    • Deux moteurs = un gros plus pour les manœuvres de port. C’est comme un tracteur avec freins indépendants : on tourne sur place ou presque ;
    • Mais surface de voile plus importante et plus haute, inertie, gabarit plus large : à ne pas sous-estimer par vent fort ou dans les ports étroits ;
    • Prise au vent énorme : vous « partez » plus vite, au mouillage comme au port.
  • Monocoque :
    • Un seul moteur, mais bateau plus étroit, souvent plus maniable une fois qu’on a pris le coup ;
    • Manœuvres de voiles plus simples et moins physiques sur des tailles raisonnables (35–40 pieds) ;
    • Prise au vent moindre, plus facile à maîtriser dans un port étroit.

Performances et comportement en mer

  • Catamaran de location (Lagoon, Bali, etc.) :
    • Ce ne sont pas des engins de course, malgré l’image. Ce sont des appartements flottants ;
    • Très agréables au portant ou au travers ;
    • Montent médiocrement au vent, surtout chargés (et ils sont toujours chargés) ;
    • À la mer formée, attention au comportement dans la houle et à la vitesse : il ne faut pas se laisser embarquer.
  • Monocoque de croisière :
    • Meilleure remontée au vent, surtout si voiles en bon état ;
    • Comportement plus « sain » dans la brise, mouvement plus prévisible même si plus physique ;
    • Plus tolérant si vous vous faites surprendre par une mauvaise météo.

Budget global

  • Location : à taille équivalente, un catamaran coûte souvent 30 à 70 % plus cher par semaine qu’un monocoque.
  • Ports : sur certaines marinas, le tarif cata est quasiment x2 (surfaces et largeur plus importantes).
  • Carburant : deux moteurs, plus lourd, plus de consommation, surtout si vous faites beaucoup de route au moteur.

À équipage identique, le cata revient quasiment toujours plus cher, surtout si vous prévoyez des nuits au port.

Adapter le bateau au programme de navigation

Deuxième clé du choix : ce que vous comptez réellement faire avec ce bateau pendant la semaine ou la quinzaine.

Quelques profils de programmes fréquents.

Programme « mouillages tranquilles en zone abritée »

  • Exemples : Corse Ouest, Côte d’Azur, Baléares, Sardaigne, Croatie, Grèce cycladique en été calme ;
  • Nav de 2 à 4 heures par jour, beaucoup de mouillages, peu ou pas de nav de nuit.

Ici, le catamaran est particulièrement adapté si :

  • vous êtes 6 ou plus ;
  • vous privilégierez baignade, paddle, apéros et repas au mouillage ;
  • vous avez des néophytes ou des enfants à bord.

Vous profitez de l’espace, du confort, du faible tirant d’eau pour approcher les plages, et vous naviguez le plus souvent par météo choisie.

Programme « cabotage avec quelques navigations engagées »

  • Exemples : Bretagne Sud, Galice, côte Atlantique espagnole, Sicile, Sardaigne par Mistral/Tramontane ;
  • Possibilité de quelques passages au près, mer un peu formée, météo plus changeante.

Dans ce cas, le monocoque prend l’avantage :

  • meilleure capacité à remonter au vent ;
  • comportement plus rassurant dans le mauvais temps ;
  • moins de volume exposé au vent dans les ports ventés.

Programme « kilométrage » : longues étapes, traversées, one-way

  • Exemples : Ajaccio – Continent, Canaries – Cap-Vert (sur bateaux déjà armés), grandes traversées côtières ;
  • Rythme de 40 à 60 milles par jour, voire plus.

Sur ces programmes, mon choix avec des équipages mixtes reste presque toujours le monocoque :

  • comportement plus marin ;
  • réglages plus simples et plus efficaces au près ;
  • gestion des efforts dans le temps plus naturelle.

Le catamaran, bien armé et bien mené, peut évidemment faire le job, mais ce n’est plus du tout la même exigence en préparation, météo et gestion des risques. Pour une simple semaine de location avec équipage varié, je déconseille.

Quelques exemples vécus… et ce qu’on en tire

Anecdote 1 : le catamaran « club » en Méditerranée

Équipage : 2 couples + 3 enfants (5, 8 et 11 ans), aucun n’avait plus de 5 jours de nav à son actif. Zone : Baléares en juillet. Bateau prévu initialement : monocoque 40 pieds. Au vu du profil, je les oriente vers un Lagoon 40.

Résultat :

  • 4 à 5 h de nav par jour, enfants à l’aise dans le cockpit, possibilité de jouer à l’intérieur tout en gardant un œil dessus ;
  • pas un seul épisode de mal de mer (mesuré : > 15 nœuds de vent seulement deux jours sur la semaine, mais clapot court et désagréable) ;
  • budget un peu plus élevé, certes, mais expérience réussie, et surtout : tout le monde a envie de revenir.

Leçon : pour une « première fois en famille » dans une zone favorable, le cata est souvent un accélérateur de plaisir et de vocation.

Anecdote 2 : monocoque sous-estimé en Bretagne

Équipage : 6 amis, dont 4 très peu expérimentés. Zone : Bretagne Sud, fin août. Bateau : monocoque 37 pieds de location, programme : Groix, Glénan, retour par Concarneau.

Problème : une dépression passe plus vite que prévu. 25–30 nœuds de vent établi, parfois plus dans les rafales. Résultat :

  • bateau sain, bien toilé (génois sur enrouleur, 2 ris dans la grand-voile) ;
  • équipage secoué, mais la carène pardonne et remonte bien au vent ;
  • fatigue, mais tout le monde arrive au port en sécurité, sans casse.

Leçon : dans une zone où le mauvais temps arrive vite, un monocoque robuste et bien géré est plus logique qu’un catamaran « appartement » dont on sous-estime parfois la prise au vent et la difficulté à monter au près dans la houle.

Check-list pratique pour choisir entre voilier et catamaran

Pour vous aider à trancher, voici une grille simple. Chaque fois que la réponse est « oui », cochez un point dans la colonne correspondante.

Questions orientées catamaran

  • Nous serons 7 personnes ou plus à bord.
  • Nous avons des enfants ou des non-marins qui appréhendent la gîte.
  • Notre programme : principalement mouillages abrités en zone ensoleillée.
  • On privilégie le confort, l’espace de vie, les repas dehors, le paddle, etc.
  • On n’a pas prévu de longues étapes ni de nav de nuit.
  • Le budget permet de payer un peu plus cher la location et les ports.

Questions orientées monocoque

  • Nous sommes 4 à 6 personnes maximum.
  • Une bonne partie de l’équipage est réellement intéressée par la navigation.
  • On peut avoir du vent, du clapot ou des conditions changeantes (Atlantique, Manche, Méditerranée hors plein été, etc.).
  • On prévoit possiblement des traversées un peu longues (plus de 30–40 milles).
  • On cherche à optimiser le budget (location + ports + carburant).
  • Le skipper est plus à l’aise sur un monocoque ou débute en tant que chef de bord.

À l’arrivée :

  • si vous avez beaucoup plus de « oui » côté cata et que vous naviguez en zone abritée et en saison calme : partez sur un catamaran ;
  • si c’est plus équilibré ou que vous naviguez dans une zone ventée/variable : penchez pour le monocoque ;
  • si vous hésitez encore, réduisez votre équipage (oui, vraiment) plutôt que de « surdimensionner » le bateau.

Erreurs fréquentes à éviter au moment de la réservation

Erreur n°1 : choisir d’abord le bateau, puis inventer l’équipage

Typique : « On a vu une promo sur un Lagoon 46, on sera bien 10, non ? ». Mauvaise approche. Commencez par :

  • bloquer les personnes réellement sûres de venir ;
  • clarifier les dates sûres ;
  • puis dimensionner le bateau en fonction.

Erreur n°2 : surdimensionner le bateau « pour être large »

Un 50 pieds (mono ou cata) n’est pas « juste un peu plus gros » qu’un 40 pieds. C’est plus large, plus puissant, plus lourd, plus impressionnant dans les manœuvres. Si vous êtes un skipper encore en apprentissage, rester dans des tailles raisonnables (monocoque 35–40 pieds, cata 38–42 pieds) est souvent une sage décision.

Erreur n°3 : négliger l’état réel du bateau

Qu’il soit mono ou cata, ce qui compte ensuite, c’est :

  • l’état des voiles ;
  • la qualité du mouillage (ancre, chaîne, guindeau) ;
  • l’inventaire réel (annexe, moteur, électronique, sécurité) ;
  • les retours des précédents locataires.

Un bon monocoque bien entretenu vaut mieux qu’un cata fatigué, et inversement.

Comment présenter le choix à votre équipage

Dernier point souvent sous-estimé : la gestion des attentes. Rien de pire que :

  • des enfants à qui on promet « une villa flottante »… et qui se retrouvent dans un monocoque exigu sans table à l’ombre ;
  • ou des copains motivés « régate » qu’on entasse sur un catamaran lourd qui ne remonte pas au vent.

Expliquez clairement, avant la réservation :

  • ce que le bateau permet et ne permet pas ;
  • le niveau de confort (cabines, douches, WC, prise 220 V, etc.) ;
  • le style de navigation prévu (heures de nav par jour, éventuelles nav de nuit) ;
  • les contraintes de budget (ports, caisse de bord, carburant).

Impliquer l’équipage dès le départ dans le choix du type de bateau limite énormément les frustrations à bord. Et si quelqu’un rêve absolument de catamaran quand tout pointe vers un monocoque (ou l’inverse), mieux vaut en discuter franchement tout de suite que se le reprocher en mer.

En résumé, ne cherchez pas le « meilleur » bateau en théorie. Cherchez le bateau le plus cohérent avec :

  • vos équipiers, tels qu’ils sont vraiment (et pas tels que vous les imaginez) ;
  • votre zone et votre saison de navigation ;
  • votre budget global, pas seulement le prix affiché de la semaine de location ;
  • votre propre niveau de skipper et votre marge de manœuvre en cas d’imprévu.

Une fois ce travail fait honnêtement, le choix entre voilier monocoque et catamaran devient rarement un dilemme. Et surtout, il vous rapproche d’une vraie belle croisière, où le bateau n’est plus un problème à gérer, mais un allié qui sert votre programme de navigation… et l’envie de repartir.