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Tourbillon dans l’eau nom : comprendre ce phénomène en navigation et ses conséquences pour les marins

Tourbillon dans l'eau nom : comprendre ce phénomène en navigation et ses conséquences pour les marins

Tourbillon dans l'eau nom : comprendre ce phénomène en navigation et ses conséquences pour les marins

Un matin de septembre, à la sortie de la rivière de Tréguier, j’ai vu un Sun Odyssey 36 partir littéralement de travers à 90° par rapport à son cap, toutes voiles réglées… sans que le skipper ait touché à la barre. Pas de rafale, pas de grain, pas de rocher. Juste un énorme tourbillon dans l’eau, parfaitement invisible sur la carte. En deux minutes, le bateau avait perdu 50 mètres sur le côté et tout le monde à bord se demandait ce qui venait de se passer.

C’est ça, un tourbillon en navigation : un phénomène discret, souvent sous-estimé, mais qui peut vous mettre en difficulté si vous ne le comprenez pas.

Qu’est-ce qu’un tourbillon dans l’eau, en termes de marin ?

Oublions les définitions de physique compliquées. En navigation, on appelle « tourbillon » toute zone d’eau où le courant ne se contente pas d’aller dans une direction, mais tourne sur lui-même, plus ou moins rapidement, en créant :

En mer, ces tourbillons sont rarement des « trous aspirants » façon film catastrophe. Mais ils peuvent :

Le danger vient moins de la violence brute que de l’effet surprise, surtout près des cailloux, d’une passe ou sous un vent fort.

D’où viennent ces tourbillons ? Les grands coupables

Un tourbillon se forme quand l’eau est obligée de changer brutalement de direction, de vitesse ou de profondeur. En pratique, pour nous marins, les grandes causes sont :

1. Les courants de marée canalisés

C’est le cas typique :

Quand un gros volume d’eau doit passer dans un étranglement, il accélère, se sépare en filets, se recroise derrière l’obstacle : c’est là que se forment les tourbillons et contre-courants.

2. Les changements brutaux de profondeur

Un courant fort qui passe d’une zone profonde à un haut-fond ou un plateau rocheux va :

Sur la carte, c’est typiquement un endroit où l’on passe de 50 m à 10 m en très peu de distance, avec une flèche de courant pas loin.

3. Les confluences de courants

Là où deux courants se rencontrent sous des angles différents (embouchures de rivières, proximité de passages, zones à hydrographie complexe), l’eau ne choisit pas un camp : elle tourbillonne.

On le voit bien :

4. Les grands systèmes de courant (échelle plus large)

À plus grande échelle (mer Égée, détroits, zones de courant résiduel important), les tourbillons sont moins spectaculaires visuellement, mais peuvent créer des zones :

Pour un croisiériste, l’enjeu est surtout de comprendre que ces zones existent, même si la mer semble « plate ».

Où rencontre-t-on le plus souvent des tourbillons ?

En Atlantique et en Manche, les zones classiques sont :

En Méditerranée, le marnage est faible mais les tourbillons existent :

Sans oublier les rivières et estuaires : sur un voilier de location qui remonte une embouchure « pour voir », on se fait parfois surprendre par un tourbillon marqué sur le bord du chenal.

Comment reconnaître un tourbillon depuis le pont ?

Heureusement, l’eau parle. À condition de la regarder vraiment. Les indices les plus fréquents :

petites « explosions » d’eau en surface sans raison évidente (pas de rocher affleurant identifié).

Un autre indicateur, moins visuel : votre ressenti à la barre.

En vitesse réduite (approche de port, manœuvre précise), ces sensations peuvent surprendre. D’où l’intérêt de garder un peu d’adhérence à l’eau quand on sait qu’il y a du courant et des remous.

Ce que le tourbillon fait à votre bateau : voilier, moteur, annexe

Sur un voilier de croisière, les principaux effets sont :

Ce n’est pas le tourbillon qui va retourner un croiseur de 12 mètres, mais il peut :

Sur un bateau à moteur ou semi-rigide, l’effet peut être plus brutal :

C’est pour ça que l’on recommande souvent de réduire un peu la vitesse dans les zones de courant très perturbé, tout en restant assez rapide pour garder le contrôle.

Sur une annexe, un kayak, un paddle, ne sous-estimez jamais un tourbillon avec du courant :

C’est particulièrement vrai en sortie de port ou d’estuaire, quand on se dit « je vais juste faire un petit tour en paddle avant l’apéro ».

Mythes et réalités : un tourbillon peut-il « avaler » un voilier ?

C’est une question que j’entends souvent en stage croisière.

En pratique, en navigation de plaisance côtière et hauturière, la réponse est non.

Les tourbillons capables de créer une dépression assez forte pour « avaler » un bateau entier sont liés à des phénomènes extrêmes (tsunamis, géophysique particulière, échelles très supérieures à nos zones de jeu habituelles).

Ce que vous rencontrez en Bretagne, en Manche, en Méditerranée ou dans la plupart des zones de location, c’est :

Cela peut être impressionnant, voire dangereux près des cailloux ou d’un quai, mais ce n’est pas un aspirateur géant. Le risque réel, c’est :

Comment réagir si vous rentrez dans un tourbillon ?

Pas de panique. Il y a quelques réflexes simples à adopter.

1. Garder de la vitesse utile

En voilier, c’est tentant de choquer tout et de ralentir dès que ça bouge un peu. Mauvaise idée dans un fort courant perturbé :

Mieux vaut :

2. Anticiper et exagérer légèrement les corrections

Surveillez le cap fond (GPS) et vos alignements visuels. Si vous voyez la dérive s’accentuer :

3. Éviter les obstacles « serrés »

Dans une zone de tourbillons, évitez :

Si vous devez absolument passer dans un endroit étroit, faites-le avec de la vitesse et un plan clair : cap visé, marge de sécurité, moteur disponible.

4. Prévenir l’équipage

Un bateau qui se met à lofer ou abattre tout seul surprend toujours les équipiers. Un simple :

« On va entrer dans une zone de remous, ça va peut-être bouger un peu, je garde de la vitesse, tenez-vous bien »

évite beaucoup de stress inutile et des chutes à bord.

Anticiper les zones de tourbillons à la table à cartes

La meilleure façon de « gérer » un tourbillon, c’est encore de ne pas se mettre bêtement dedans quand ce n’est pas nécessaire.

En préparation de navigation, repérez :

Adaptez ensuite :

Sur certains raz, l’expérience montre que passer une heure avant ou après l’étale réduit fortement les effets tourbillonnaires, tout en gardant un bon courant portant.

Cas concret : sortie de rivière avec marée descendante

Imaginons une situation classique :

En descendant la rivière :

À l’approche de l’embouchure :

Vous entrez alors dans une zone où :

Ce qui peut se passer si vous n’anticipez pas :

Ce qu’on peut faire de mieux dans ce contexte :

Et au mouillage, faut-il craindre les tourbillons ?

Les vrais tourbillons marqués sont rares dans les zones de mouillage classiques (on cherche généralement des endroits abrités du courant). Mais il existe des situations où :

Effets possibles :

En pratique :

Transformer ces phénomènes en alliés

Une fois que l’on a compris que ces tourbillons ne sont pas des pièges mortels mais des manifestations normales de la circulation de l’eau, on peut aussi en tirer parti.

Avec un peu d’habitude, vous saurez très vite dire : « Là, on va se faire un peu secouer, mais le gros du courant passe plutôt par là-bas », et votre route sera plus propre, plus rapide, et surtout plus sereine.

Les tourbillons dans l’eau ne sont pas des bêtes noires à éviter à tout prix, mais des signaux que la mer vous envoie. Plus vous saurez les lire, plus vos départs, vos passages de caps, vos sorties de rivières et vos approches de port gagneront en précision et en sécurité.

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