Cap Sailing

Sécurité en mer : les bons réflexes à adopter en cas de chute à l’eau pour tout l’équipage

Sécurité en mer : les bons réflexes à adopter en cas de chute à l’eau pour tout l’équipage

Sécurité en mer : les bons réflexes à adopter en cas de chute à l’eau pour tout l’équipage

La chute à l’eau, c’est le scénario que tout le monde redoute… et que très peu d’équipages ont vraiment répété. Pourtant, c’est typiquement la situation où quelques réflexes simples, connus par tout le monde à bord, font la différence entre un gros stress et un drame.

Dans cet article, on ne va pas parler théorie pendant trois heures. On part du réel : une personne tombe à l’eau, de jour, par vent modéré. Qu’est-ce qu’on fait, tout de suite, et dans quel ordre ? Puis on verra comment adapter ces réflexes à la nuit, au mauvais temps et à la navigation en équipage réduit.

Pourquoi la chute à l’eau est plus grave que ce qu’on imagine

Sur beaucoup de bateaux de location, je pose toujours la même question en briefing : « Si je tombe à l’eau, vous faites quoi ? ». Dans 80 % des cas, j’ai une réponse du type : « On balance une bouée et on revient vous chercher ». Sur le papier, oui. En vrai, c’est souvent une autre histoire.

Quelques réalités à garder en tête :

L’objectif, c’est que chacun à bord sache exactement quels réflexes adopter, sans avoir besoin de réfléchir pendant deux minutes. On va donc décortiquer tout ça en étapes simples.

Les 5 réflexes immédiats pour tout l’équipage

La personne tombe à l’eau. Avant même de parler manœuvre de récupération, il y a cinq réflexes prioritaires qui doivent être automatiques à bord.

Ces cinq points peuvent (et doivent) être faits en moins de 30 secondes. Sur un de mes stages, on s’est chronométrés : équipage non pro, simple briefing avant, on était à 25–35 secondes pour déclencher tout ça proprement après quelques essais.

Qui fait quoi à bord ? Répartir les rôles à l’avance

Le gros problème en situation réelle, ce n’est pas tant la technique que la confusion. Pour éviter que tout le monde fasse tout (donc rien correctement), je conseille de définir à l’avance, sur chaque bordée, qui prend quels rôles.

Sur un équipage classique de 4 à 6 personnes, on peut prévoir :

En équipage réduit (2 ou 3 à bord), certains rôles se cumulent, mais la logique reste la même :

Le but n’est pas de faire militaire, mais d’éviter la panique. Un simple briefing de 5 minutes au départ (« Si quelqu’un tombe, toi tu barres, toi tu pointes, toi tu gères la VHF ») change vraiment la donne.

Manœuvre de récupération : voile ou moteur ?

On trouve des manœuvres « parfaites » dans les livres : huit allemand, demi-tour bout au vent, etc. C’est bien de les connaître, mais en croisière, avec un équipage non pro, il faut rester pragmatique.

Mon approche, pour 90 % des situations de croisière :

Scénario typique en croisière : chute à l’eau par vent modéré, moteur disponible

Voilà une séquence simple, réaliste, que j’enseigne souvent et qui marche bien en croisière :

Sur un convoyage au large du Portugal, on a simulé cette manœuvre à 6 reprises, équipage mixte peu expérimenté. Après deux essais, on arrivait systématiquement à moins de 5 mètres de la bouée en moins de 4 minutes, sans stress, simplement en appliquant cette séquence.

Récupérer la personne à bord : le vrai casse-tête

Arriver à côté de la personne, c’est une chose. La remettre sur le pont sans se blesser ni en perdre un deuxième, c’en est une autre. Surtout si :

Les options les plus courantes :

Dans tous les cas, un principe simple : éviter de se pencher au-dessus de l’eau sans être soi-même longé. On ne veut pas transformer un homme à la mer en double homme à la mer…

Communication VHF : quand et quoi dire ?

En cas d’homme à la mer, alerter sur VHF n’est pas un aveu d’échec, c’est une mesure de sécurité normale, surtout si :

Sur le canal 16, on peut émettre un message de type « Pan Pan » :

« Pan Pan, Pan Pan, Pan Pan, ici voilier [nom du bateau], [nom du bateau], [nom du bateau]. Homme à la mer en position [latitude, longitude] ou position relative (ex : 2 milles au nord du phare de…). Demandons assistance à la veille visuelle et à la navigation dans le secteur. Nous procédons à la récupération. Terminé. »

Ce message :

En cas de situation vraiment critique (nuit, gros temps, personne inconsciente, équipage en difficulté), on peut basculer sur un « Mayday ». Dans le doute, mieux vaut appeler tôt que trop tard.

Prévenir plutôt que récupérer : réduire drastiquement le risque de chute

On n’évitera jamais tous les accidents, mais on peut réduire fortement le risque de chute à l’eau avec quelques habitudes simples à bord :

Adapter les réflexes à la nuit et au mauvais temps

De nuit ou par mer formée, la donne change : la probabilité de perdre rapidement le visuel est beaucoup plus élevée. Il faut donc renforcer encore certains réflexes.

Sur un convoyage retour de Corse par mistral établi à 35 nœuds, on avait posé une règle simple : personne hors du cockpit sans double longe, personne ne sort sans prévenir le barreur, gilet + VHF portable pour ceux qui vont à l’avant. Résultat : navigation fatiguante, certes, mais maîtrisée, et aucune frayeur sur le pont malgré les paquets de mer.

Un exercice simple à faire à chaque croisière

On n’apprend pas à faire un homme à la mer le jour où ça arrive. La bonne nouvelle, c’est qu’il suffit de quelques exercices simples pour que tout l’équipage soit nettement plus efficace.

Je recommande au minimum :

Un équipage qui a fait ne serait-ce qu’un exercice simple au début de la semaine réagira déjà beaucoup mieux en cas de vrai problème. On remplace la panique par une séquence connue.

À bord, on ne pourra jamais tout prévoir, mais on peut se préparer. La chute à l’eau est une des rares situations où quelques réflexes clairs, partagés par tout le monde, changent totalement l’issue. Prenez 15 minutes au début de votre prochaine croisière pour en parler, vous entraîner rapidement, et désigner qui fait quoi. Ce sera probablement le quart d’heure le mieux investi de votre semaine en mer.

Quitter la version mobile