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Record de vitesse sur l’eau : histoire, chiffres clés et prouesses technologiques

Record de vitesse sur l'eau : histoire, chiffres clés et prouesses technologiques

Record de vitesse sur l'eau : histoire, chiffres clés et prouesses technologiques

L’obsession de la vitesse sur l’eau : pourquoi ça nous fascine ?

Sur l’eau, tout va plus lentement que sur terre… en théorie. En pratique, certains marins, ingénieurs et bricoleurs de génie passent leur vie à une seule chose : gratter quelques nœuds de plus. Et ils y arrivent.

Entre les records de vitesse à la voile, les bolides à moteur qui flirtent avec le suicide, et les engins hybrides à moitié avion, à moitié bateau, la course à la vitesse sur l’eau raconte une histoire : celle de notre rapport au vent, à l’eau… et à nos propres limites.

Dans cet article, on va balayer les grandes étapes des records de vitesse sur l’eau, les chiffres clés à connaître, et surtout les concepts technos qui se cachent derrière. Objectif : que vous puissiez regarder un Moth à foil ou un Ultim filer à 40 nœuds et comprendre pourquoi ça marche.

Record de vitesse sur l’eau : de quoi parle-t-on exactement ?

Avant de parler chiffres, il faut préciser ce qu’on mesure. Tous les records de vitesse sur l’eau ne se valent pas. On distingue principalement :

Dans le monde de la voile de croisière, ce qui nous parle le plus, ce sont :

Les organisations de référence pour les records de vitesse à la voile sont :

Les grandes dates des records de vitesse à la voile

Si on simplifie beaucoup, l’histoire de la vitesse à la voile suit trois grandes étapes : l’ère des coques dans l’eau, l’ère des multicoques planants, puis l’ère du foil.

1. Les pionniers (coques lourdes, quilles longues)

Au XIXe siècle, les clippers de commerce sont déjà obsédés par la vitesse : on parle de moyennes de 14 à 16 nœuds sur plusieurs jours, ce qui, pour l’époque, est énorme. Mais leurs performances ne sont pas « homologuées » comme celles d’aujourd’hui.

2. Les multicoques bousculent tout

À partir des années 70–80, les multicoques (trimarans et catamarans) commencent à faire exploser les chronos :

En parallèle, les grands multicoques de course au large s’allongent, s’allègent, et les moyennes sur 24 h montent régulièrement.

3. L’arrivée des foils : on ne « flotte » plus, on « vole »

Les foils changent tout : le bateau ne pousse plus l’eau, il sort de l’eau. Résultat direct : la traînée chute, les vitesses explosent.

Quelques jalons marquants :

Les records de vitesse à la voile : chiffres clés à connaître

Voici quelques repères qui permettent de se situer, en gardant en tête qu’ils évoluent régulièrement.

Record absolu de vitesse à la voile sur 500 m

Sailrocket n’est pas un « bateau » au sens croisière du terme : c’est un engin asymétrique, conçu pour aller vite sur un seul bord, dans une plage de vent très précise, avec un plan anti-dérive horizontal et une voile rigide inclinée pour équilibrer les forces. On ne part pas en famille aux Glénan avec ça.

Plus grandes distances en 24 h à la voile

C’est un chiffre qui intéresse vraiment tous les marins : combien de milles peut-on réellement avaler en une journée ?

Pour comparer : en croisière côtière avec un voilier de 10–12 m, tenu correctement, on tourne souvent entre 5 et 6 nœuds de moyenne sur une journée. Ça remet les choses en perspective.

Records d’Atlantique et tour du monde

On est là sur des moyennes journalières autour de 25–30 nœuds sur des semaines. Pour qui a déjà passé 48 h dans un front avec 30 nœuds de vent et une mer croisée, ça parle tout de suite : ce n’est pas de la balade.

Records à moteur : quand le risque dépasse la raison

Côté moteur, l’histoire est plus sombre. Les records absolus de vitesse sur l’eau sont associés à un taux d’accident dramatique.

Le record du monde de vitesse sur l’eau à moteur est détenu par :

Depuis, plusieurs tentatives de battre ce record se sont soldées par des accidents mortels. Le problème est simple (et inquiétant) :

Résultat : plus on va vite sur l’eau à moteur, plus on flirte avec les limites physiques de ce que l’humain peut encaisser. Ce n’est pas un hasard si la recherche et l’innovation se sont plutôt déplacées vers la vitesse à la voile, où les risques sont déjà bien suffisants…

Ce qui fait vraiment aller vite sur l’eau : les leviers clés

Que ce soit en croisière à 7 nœuds ou sur un foil à 40 nœuds, les mêmes principes de base s’appliquent. Les records ne font que pousser chaque curseur à l’extrême.

1. Réduire la traînée : sortir de l’eau

Un bateau classique, c’est un objet qui pousse de l’eau en permanence. La traînée vient de :

Deux stratégies principales :

C’est le même principe qu’une aile d’avion, mais dans l’eau : le foil génère une portance qui soulève le bateau jusqu’à ce que la traînée globale soit minimale.

2. Maximiser la force propulsive du vent

À la voile, aller vite ne consiste pas à « se faire pousser » par le vent arrière. Le record absolu de Sailrocket, par exemple, est réalisé au largue très serré, avec une vitesse du bateau plusieurs fois supérieure à celle du vent.

Pour y arriver :

Sur un voilier de croisière, ça se traduit par des choix très concrets :

3. Garder le contrôle : la limite, c’est le pilote

Tous les engins record ont un point commun : la vitesse maximale n’est pas juste une question de puissance, mais de contrôle. À 40 nœuds sur un trimaran Ultim :

Même en croisière, on touche cette limite à notre échelle :

La vraie vitesse efficace, c’est celle que l’on peut tenir longtemps, sans casser ni épuiser l’équipage. C’est exactement là que les records sur 24 h sont intéressants à regarder.

Records de vitesse et voile de croisière : qu’est-ce que ça change pour nous ?

On pourrait se dire : « 65 nœuds en Sailrocket, 40 nœuds en Ultim, ça ne me concerne pas, je fais du 7 nœuds au largue sous génois enroulé ». En réalité, ces records ont un impact direct sur la plaisance :

Même sans voler à 30 nœuds, on profite :

Un exemple concret : un croisement Biscaye sur un 40 pieds moderne, bien mené, permet aujourd’hui de tenir des moyennes quotidiennes de 170–190 milles dans de bonnes conditions, ce qui était réservé à la course il y a quelques décennies.

Quelques anecdotes de vitesse vécues à bord

Sans prétendre au record du monde, on croise tous un jour ou l’autre le « mur psychologique » de la vitesse à bord.

Sur un convoyage en Atlantique, sur un catamaran de 45 pieds chargé pour la location, on a vu :

Le point intéressant, ce n’est pas le « 24 nœuds » isolé qu’on montre ensuite sur une capture d’écran. C’est :

C’est exactement la même logique à une autre échelle que pour un Ultim en record du tour du monde : la différence entre « ce que le bateau peut encaisser » et « ce que l’équipage peut encaisser ».

Comment s’inspirer des records pour naviguer mieux (et pas juste plus vite) ?

Sans chercher les 40 nœuds, on peut emprunter quelques réflexes aux chasseurs de records pour améliorer nos croisières.

1. Mesurer vraiment ses vitesses

2. Travailler les réglages de base

3. Adapter l’objectif : confort + régularité

Au final, la meilleure façon de s’inspirer des records, ce n’est pas d’acheter le dernier foil à la mode. C’est de comprendre comment les meilleurs marins gèrent le rapport entre vitesse, contrôle, fatigue et casse. Et d’appliquer ça à notre propre échelle.

La suite : jusqu’où ira-t-on sur l’eau ?

Les prochains records de vitesse sur l’eau se joueront probablement :

Pour la plaisance, on verra de plus en plus :

Mais même si on n’ira jamais tous à 40 nœuds sur un foil, la question restera la même à bord : quel est votre propre record utile ? Celui qui vous permet de traverser une zone météo avant le coup de vent, d’arriver de jour au mouillage, ou d’éviter de passer une nuit de plus au large.

Les chasseurs de records poussent les curseurs au maximum. À nous, croisiéristes, d’en garder ce qui sert vraiment : mieux comprendre la vitesse sur l’eau, pour choisir quand l’utiliser… et quand lever le pied.

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