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Pollution hydrocarbure en mer : comment réagir et protéger son bateau

Pollution hydrocarbure en mer : comment réagir et protéger son bateau

Pollution hydrocarbure en mer : comment réagir et protéger son bateau

Une nappe d’hydrocarbure autour du bateau ne laisse pas beaucoup de temps pour réfléchir. En quelques minutes, le gasoil peut passer sous la coque, atteindre le moteur, salir les amarres et transformer un simple incident de ravitaillement en problème environnemental, technique et administratif.

La bonne réaction n’est pas de paniquer, ni de sortir immédiatement le tuyau d’arrosage. Il faut d’abord stopper la pollution, protéger les personnes, éviter sa dispersion et alerter les bons interlocuteurs. Voici une méthode simple, applicable au port comme au mouillage.

Le scénario classique : quelques litres qui deviennent une vraie pollution

Le cas le plus fréquent se produit pendant le ravitaillement. Le pistolet reste engagé, le réservoir arrive à saturation et le carburant ressort par le nable ou le reniflard. On pense parfois qu’il ne s’agit que de quelques décilitres. Pourtant, une fine pellicule de gasoil peut rapidement couvrir une grande surface d’eau.

Un litre d’hydrocarbure suffit à former une nappe visible sur plusieurs centaines de mètres carrés, selon les conditions. Le vent et le courant l’étalent très vite. Dans un port, elle peut se glisser entre les coques, passer sous les pontons et atteindre les berges avant même que l’on ait rangé le tuyau.

Autre situation courante : une fuite dans le compartiment moteur. Une durite vieillissante, un filtre mal serré ou une pompe d’alimentation qui suinte peuvent envoyer du gasoil dans la cale. Si la pompe de cale automatique se déclenche, le carburant finit directement à la mer.

La règle est simple : aucun hydrocarbure ne doit être pompé ou rejeté à la mer. Même si l’eau paraît déjà sale, on ne règle pas une pollution en l’agrandissant.

Les premières secondes : arrêter la source

La priorité est de supprimer l’arrivée de carburant. Avant toute chose, éloignez les personnes de la zone dangereuse et évitez toute flamme, cigarette ou étincelle. Les vapeurs d’essence sont particulièrement inflammables, mais le gasoil reste lui aussi un produit combustible.

Dans le cas d’un débordement au ravitaillement :

Si la fuite provient du moteur, arrêtez celui-ci dès que cela peut être fait sans danger. Fermez la vanne de carburant si votre installation en possède une. Coupez les équipements électriques non indispensables et ventilez le compartiment moteur, sans créer d’étincelle avec un ventilateur inadapté.

Une odeur d’essence dans un bateau à moteur ou dans un voilier équipé d’un groupe électrogène doit être traitée comme une alerte sérieuse. Pas question de lancer le démarreur « pour voir si ça repart ». Le bateau n’est pas un laboratoire d’essais, surtout avec des vapeurs inflammables à bord.

Ne pas aggraver la pollution

Plusieurs réflexes sont à éviter, même s’ils semblent logiques sur le moment.

Le produit absorbant est utile. Le produit dispersant improvisé ne l’est pas. À bord, quelques feuilles absorbantes spéciales hydrocarbures prennent peu de place et peuvent éviter une intervention beaucoup plus lourde.

Contenir la nappe autour du bateau

Si la situation le permet et si le port dispose du matériel nécessaire, il faut contenir la pollution avec un barrage flottant absorbant. Ce dispositif limite l’extension de la nappe et facilite son récupération.

Dans un port, prévenez immédiatement la capitainerie. Elle possède généralement des boudins, des feuilles absorbantes et une procédure d’intervention. Il ne faut pas improviser un barrage avec une aussière, une bâche ou des frites de piscine : cela peut ralentir localement le déplacement du carburant, mais ce n’est pas un équipement antipollution fiable.

Au mouillage, la situation est plus délicate. Vous pouvez utiliser les absorbants disponibles à bord pour récupérer le carburant proche de la coque, à condition de ne pas vous mettre en danger. Ne descendez pas à l’eau dans une nappe d’hydrocarbure et ne manipulez pas de matériel électrique au contact du produit.

Le vent et le courant donnent rapidement une indication sur la dérive. Notez :

Ces informations seront utiles aux secours et à la capitainerie. Une photo prise depuis le bateau peut également documenter la situation, à condition de ne pas retarder l’alerte.

Alerter sans attendre

Une pollution en mer ou dans un port doit être signalée rapidement. En France, contactez le CROSS sur le canal VHF 16 pour une situation en mer. Le numéro d’urgence européen 112 peut aussi être utilisé. Dans un port, la capitainerie est le premier interlocuteur opérationnel, mais elle ne remplace pas nécessairement le signalement aux autorités si la pollution est importante ou dérive vers le large.

Votre message doit être court et précis :

Exemple de transmission : « Voilier Ar Mor, au mouillage dans l’anse de…, pollution au gasoil consécutive à une fuite sur le circuit moteur, environ cinq litres, nappe de vingt mètres, dérive vers l’est, aucune personne blessée, moteur arrêté et absorbants en place. »

Ce type de message permet au CROSS ou à la capitainerie de comprendre immédiatement la gravité de la situation. Évitez les formulations vagues comme « il y a un peu de pétrole autour du bateau ». En mer, la précision fait gagner du temps.

Si le carburant est dans la cale

Une fuite interne demande une attention particulière. Commencez par localiser la source : filtre à carburant, raccord, durite, pompe, réservoir ou conduite de retour. Ne démontez pas un élément sous pression et ne travaillez pas dans un compartiment mal ventilé.

Si du carburant est présent dans la cale :

Un mélange de gasoil et d’eau ne doit pas être évacué par-dessus bord. Il doit être remis à un professionnel, à la capitainerie ou dans une filière de collecte des déchets dangereux. Les absorbants saturés suivent la même logique.

Après nettoyage, contrôlez le fond de cale, les câbles, les durites et les isolants. Le gasoil s’infiltre partout et son odeur peut rester plusieurs jours. Sur un bateau, une cale propre n’est pas seulement plus agréable : elle permet aussi de repérer immédiatement une nouvelle fuite.

Protéger le bateau après l’incident

Une pollution extérieure peut aussi endommager le bateau. Les hydrocarbures attaquent certains joints, peintures, antidérapants, plexiglas et matériaux souples. Ils rendent le pont extrêmement glissant.

Une fois la source maîtrisée et les secours prévenus, nettoyez les surfaces touchées avec des absorbants, puis utilisez uniquement un produit compatible avec le matériau concerné. Consultez la fiche du fabricant si vous avez un doute. Le nettoyeur haute pression est à éviter : il disperse le carburant dans les interstices et augmente la zone contaminée.

Sur une coque, ne cherchez pas à effacer immédiatement toute trace avec un produit agressif. Prenez d’abord des photos, notez les dégâts et demandez conseil à la capitainerie ou à un professionnel. Une intervention précipitée peut compliquer l’expertise et la prise en charge par l’assurance.

Si le carburant a atteint un moteur, un alternateur ou un équipement électrique, faites contrôler l’installation. Une panne qui survient trois jours plus tard au large est une mauvaise façon de découvrir qu’un nettoyage n’était pas suffisant.

Prévenir plutôt que récupérer

La meilleure intervention antipollution reste celle que l’on n’a pas à faire. Avant chaque ravitaillement, préparez le matériel et réduisez les occasions de débordement.

Lors d’une préparation de croisière, je recommande une vérification simple : moteur arrêté, lampe frontale allumée, passez la main sous les raccords et observez les traces grasses autour du filtre et de la pompe. Une petite fuite détectée au ponton coûte un collier ou une durite. La même fuite repérée après une nuit au mouillage peut contaminer la cale et immobiliser le bateau.

La check-list à garder à bord

En cas de pollution hydrocarbure, retenez cette séquence :

Un petit kit bien préparé prend une place minime : feuilles absorbantes, boudin, gants nitrile, sacs étanches, lunettes de protection, lampe adaptée et récipient pouvant fermer correctement. Ce n’est pas le matériel le plus spectaculaire du bord, mais le jour où le gasoil coule sur le pont, il devient immédiatement prioritaire.

En mer, une pollution se propage plus vite qu’une bonne décision. Agir dans le bon ordre permet de protéger l’équipage, le bateau et le milieu marin. Et surtout, cela évite qu’un simple débordement au nable ne se transforme en longue journée de nettoyage, en facture salée et en explications beaucoup moins agréables à la capitainerie.

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