En mer, certains chiffres ne doivent pas être improvisés. Le tirant d’eau, la profondeur sous la quille, le niveau de carburant… et le MMSI du bateau.
Pourtant, beaucoup de plaisanciers savent qu’un MMSI existe sans vraiment savoir à quoi il sert, où le retrouver ou quoi faire lorsqu’une VHF demande de le saisir. Résultat : le numéro est parfois noté sur un vieux document rangé à terre, programmé avec une erreur dans la VHF ou totalement inconnu de l’équipage.
Ce n’est pas anodin. Le MMSI intervient dans les appels sélectifs numériques, l’identification AIS et certains équipements de détresse. En cas de problème, il permet aux secours d’identifier rapidement le bateau concerné.
Voici l’essentiel à connaître pour éviter de chercher neuf chiffres au mauvais moment, avec du vent, de la mer et une batterie qui descend.
Le MMSI, c’est quoi exactement ?
MMSI signifie Maritime Mobile Service Identity, soit « identité dans le service mobile maritime ». Il s’agit d’un numéro unique composé de neuf chiffres, attribué à un navire ou à une station maritime.
On peut le comparer à une plaque d’immatriculation utilisée par les équipements radio. Le MMSI ne remplace ni le nom du bateau, ni son indicatif d’appel, ni son numéro d’immatriculation. Il sert à identifier électroniquement le navire auprès des autres stations et des centres de secours.
Un voilier français possède généralement un MMSI commençant par le code national attribué à la France. Les premiers chiffres sont appelés MID, pour Maritime Identification Digits. Pour la France métropolitaine, on rencontre notamment le préfixe 227. Mais, en pratique, le plaisancier n’a pas besoin de décoder son numéro : il doit surtout le recopier sans erreur.
Un MMSI peut être associé à plusieurs fonctions à bord :
- la radio VHF équipée de l’appel sélectif numérique, ou ASN ;
- le transpondeur ou récepteur AIS ;
- certains terminaux satellitaires ;
- des balises de détresse ou équipements de localisation compatibles ;
- les stations côtières, centres de coordination des secours et services de surveillance.
Le MMSI est donc une identité numérique du bateau. Ce n’est pas un code secret. Lorsqu’un voilier émet en AIS, ce numéro peut être visible par les autres navires et stations qui reçoivent son signal.
À quoi sert le MMSI à bord ?
Pour les appels sélectifs numériques
La fonction la plus connue concerne la VHF ASN. Elle permet d’appeler directement un navire ou une station sans transmettre immédiatement un long message vocal à tout le monde.
Au lieu de parler dans le vide sur le canal 16, vous pouvez sélectionner le MMSI d’un bateau dans le répertoire de votre VHF et envoyer un appel individuel. La VHF du destinataire sonne, affiche votre identité et propose généralement de basculer sur un canal de travail.
Le principe est proche d’un appel téléphonique, mais avec les contraintes du monde maritime. Il faut connaître le MMSI du correspondant, sélectionner le bon type d’appel et choisir un canal adapté pour poursuivre la conversation.
La fonction permet aussi d’envoyer un appel de groupe. Un club de voile, une flottille ou une famille de bateaux peut utiliser un identifiant commun pour prévenir plusieurs équipages en même temps.
Pour l’identification AIS
L’AIS transmet automatiquement des informations sur le bateau : position, route, vitesse, cap, nom et parfois destination. Le MMSI fait partie de ces données d’identification.
Lorsque vous observez un cargo sur l’écran AIS, son nom n’est pas toujours reçu correctement ou peut rester vide. Le MMSI permet alors de distinguer ce navire d’un autre et de retrouver son identité dans les bases de données maritimes.
Sur un voilier équipé d’un émetteur AIS, une erreur de MMSI peut avoir des conséquences très concrètes. Le bateau peut apparaître sous une mauvaise identité, être associé à un autre nom ou ne pas être reconnu correctement par certains services.
Pour les secours
Lorsqu’un appel de détresse ASN est envoyé, la VHF transmet automatiquement l’identité du bateau grâce au MMSI. Si la radio est connectée au GPS, elle peut également transmettre la position, l’heure et parfois la nature de la détresse.
Dans une situation réelle, cette automatisation fait gagner un temps précieux. Un équipage qui doit gérer une voie d’eau, un homme à la mer ou un incendie n’a pas forcément le loisir de dicter calmement le nom du bateau, sa position et son indicatif.
Attention toutefois : l’appel ASN ne dispense pas de parler ensuite à la radio. Une fois l’alerte envoyée, il faut rester à l’écoute, répondre aux autorités et donner les détails utiles sur la situation.
Où trouver le MMSI de son bateau ?
Le meilleur réflexe consiste à vérifier le MMSI à plusieurs endroits. Ne vous contentez pas d’un seul document, surtout si le bateau est loué ou si les équipements ont été remplacés.
Sur la licence de station de navire
Le MMSI figure normalement sur la licence ou l’autorisation d’utilisation des fréquences radio du navire. En France, ces documents sont liés à l’enregistrement de la station radio auprès de l’administration compétente.
La licence peut être conservée dans le dossier administratif du bateau, à bord ou dans les documents du propriétaire. Sur un voilier de location, demandez à la base de vous montrer le document avant le départ.
Ne confondez pas le MMSI avec :
- le numéro d’immatriculation du bateau, souvent visible sur la coque ou les papiers d’enregistrement ;
- l’indicatif d’appel radio, composé de lettres et de chiffres ;
- le numéro de série de la VHF ou de l’AIS ;
- le numéro d’identification de la coque, ou HIN.
Dans le menu de la VHF
Une VHF ASN correctement configurée affiche généralement le MMSI enregistré dans ses paramètres. Cherchez un menu nommé MMSI, Identity, ATIS/MMSI ou DSC settings, selon la marque.
Sur beaucoup de modèles, le numéro ne peut être saisi qu’une seule fois par l’utilisateur. Une faute de frappe ou un changement de bateau peut donc nécessiter une réinitialisation par le revendeur ou le fabricant.
Ne testez pas le menu au hasard juste avant de larguer les amarres. Une VHF peut être verrouillée après une première programmation. Notez le numéro affiché et comparez-le avec la licence de station.
Dans l’AIS ou le logiciel de navigation
Un émetteur AIS possède lui aussi un MMSI enregistré. Il peut être consulté depuis son logiciel de configuration, son écran dédié ou l’interface du réseau NMEA du bord.
Sur certains bateaux, la VHF et l’AIS sont reliés. Sur d’autres, chaque appareil a été configuré séparément. C’est une source classique d’erreurs lors d’un changement de propriétaire ou d’une location.
Un test simple consiste à vérifier que le même MMSI apparaît dans :
- la licence radio ;
- la VHF ASN ;
- l’émetteur AIS ;
- le logiciel de navigation, si celui-ci affiche l’identité du bateau.
Sur les documents de location
À bord d’un bateau de location, le MMSI peut être indiqué dans le classeur du navire, près de la VHF ou sur une fiche de sécurité. Mais ne partez pas du principe que l’étiquette est correcte.
J’ai déjà vu des fiches où le nom du bateau avait changé, alors que les informations radio dataient de plusieurs saisons. Avant le départ, allumez la VHF, ouvrez le menu ASN et comparez le MMSI affiché avec la fiche du bateau. Cette vérification prend moins de deux minutes.
Comment vérifier que le MMSI est correctement programmé ?
La vérification doit se faire avant la navigation, idéalement lors de la préparation du bateau. Voici une méthode simple :
- relever le MMSI sur la licence de station ;
- compter neuf chiffres, sans espace ni chiffre manquant ;
- comparer ce numéro avec celui enregistré dans la VHF ;
- vérifier le MMSI de l’AIS ;
- contrôler le nom du bateau, l’indicatif et les coordonnées si l’appareil les demande ;
- tester la réception GPS de la VHF et de l’AIS ;
- noter le MMSI sur une fiche visible à proximité de la table à cartes.
Si le MMSI enregistré est faux, ne tentez pas d’envoyer un appel de détresse pour vérifier le système. Vous risqueriez de déclencher une fausse alerte. Contactez le fabricant, le revendeur ou un professionnel habilité à reprogrammer l’équipement.
Pour un simple test, certaines VHF permettent d’envoyer un appel ASN individuel à une autre radio. Faites-le uniquement avec l’accord du destinataire, sur le canal prévu par la procédure de l’appareil, et jamais sur un canal de détresse.
Que faire si l’on ne retrouve pas le MMSI en mer ?
Si vous êtes déjà au large et que le numéro vous échappe, commencez par la VHF. Dans la plupart des cas, il est accessible dans le menu de configuration ou dans les informations système.
Regardez ensuite l’écran AIS ou son logiciel. Le bateau peut être identifié par son propre MMSI dans la page « statut », « navire » ou « configuration ».
Si rien ne s’affiche, cherchez les documents de bord : licence radio, fiche de sécurité, manuel de location ou inventaire électronique. Sur certains voiliers, une étiquette est collée près de la table à cartes, de la VHF ou du tableau électrique.
En cas de détresse, ne perdez pas plusieurs minutes à rechercher un document. Utilisez la fonction de détresse de la VHF, puis transmettez vocalement les informations essentielles :
- le nom du bateau ;
- la position ou les coordonnées GPS ;
- la nature du problème ;
- le nombre de personnes à bord ;
- les besoins immédiats ;
- le type et la couleur du bateau, si cela aide à l’identification.
Le CROSS ou le centre de secours pourra vous guider. Le MMSI est un outil d’identification, pas une condition pour demander de l’aide. Une détresse ne doit jamais être retardée parce qu’un chiffre manque.
Les erreurs fréquentes à éviter
Entrer le MMSI du propriétaire
Le MMSI appartient à la station ou au navire, pas à la personne qui tient la barre. Sur un bateau de location, n’enregistrez jamais votre propre numéro à la place de celui du voilier.
Le système doit identifier le bateau réellement en mer. Une erreur peut envoyer les secours vers le mauvais dossier ou afficher un nom incohérent sur l’AIS.
Modifier le MMSI après un changement de bateau sans reprogrammer les appareils
Lorsque la VHF est déplacée d’un bateau à l’autre, son MMSI reste parfois enregistré. L’appareil continue alors à émettre l’identité de l’ancien navire.
Avant toute installation sur un nouveau bateau, vérifiez la procédure du fabricant. Certaines VHF sont facilement reprogrammables, d’autres nécessitent une intervention technique.
Confondre MMSI et indicatif d’appel
À la radio, on peut vous demander le nom du bateau, votre indicatif d’appel ou votre MMSI. Ce sont trois informations différentes. Préparez-les toutes les trois dans la fiche de bord.
Oublier les équipements portables
Une VHF portable ASN, une balise personnelle ou un autre équipement peut avoir son propre identifiant. Ne supposez pas que tous les appareils utilisent automatiquement le MMSI du bateau.
Chaque équipement doit être vérifié séparément. C’est particulièrement important lorsque plusieurs balises ou radios ont été achetées à des moments différents.
La fiche MMSI à préparer avant le départ
Une petite fiche plastifiée évite bien des hésitations. Placez-la près de la VHF et une seconde copie dans le dossier de navigation.
- Nom du bateau ;
- MMSI ;
- indicatif d’appel ;
- numéro d’immatriculation ;
- position habituelle du GPS et de la VHF ;
- numéro du CROSS ou des secours de la zone naviguée ;
- procédure d’appel de détresse ;
- nombre maximal de personnes à bord.
Ajoutez une phrase simple pour les équipiers débutants : « En cas de détresse, appuyer sur le bouton rouge, maintenir selon la notice, puis parler clairement à la VHF. » Une procédure comprise par tous vaut mieux qu’un classeur parfait que personne n’ose ouvrir.
Le MMSI n’est qu’une suite de neuf chiffres, mais il relie votre bateau à ses moyens de communication, à l’AIS et aux secours. Vérifiez-le avant chaque départ, surtout après une location, une réparation électrique ou un remplacement de VHF. En mer, deux minutes de préparation à quai peuvent faire une différence considérable lorsque la situation cesse d’être théorique.
