Une nuit sans lune, à quelques milles de la côte. Le moteur tourne, le vent est faible et le bateau avance tranquillement vers le prochain mouillage. Soudain, un feu blanc apparaît sur l’avant bâbord. Est-ce un voilier ? Un bateau au moteur ? Un navire au mouillage ? La réponse dépend de la couleur, de la position et du rythme des feux observés.
Les feux de navigation ne sont pas un simple équipement réglementaire à allumer après le coucher du soleil. Ils servent à faire comprendre votre situation aux autres navires, parfois en quelques secondes et dans une visibilité dégradée. Encore faut-il qu’ils soient conformes, visibles et correctement utilisés.
Voici les règles essentielles à connaître pour un voilier de plaisance, avec une méthode simple pour identifier les feux d’un autre bateau et vérifier votre propre installation.
Les règles qui s’appliquent à bord
La référence principale est le Règlement international pour prévenir les abordages en mer, souvent appelé RIPAM ou COLREG. Il définit les feux, les marques de jour et les comportements à adopter pour les navires selon leur situation.
En France, ces règles sont complétées par la réglementation de sécurité applicable aux navires de plaisance, notamment la division 240. Le principe est simple : dès que le bateau fait route de nuit, ou lorsque la visibilité est réduite, les feux réglementaires doivent être allumés.
La nuit correspond généralement à la période comprise entre le coucher et le lever du soleil. Mais attendre que le ciel soit totalement noir est une mauvaise méthode. Si vous quittez le port au crépuscule, si un grain arrive ou si un brouillard tombe, les feux doivent être utilisés sans attendre.
- Les feux doivent être allumés de nuit.
- Ils doivent également être utilisés en cas de visibilité réduite : brume, brouillard, forte pluie ou grain.
- Ils doivent rester visibles dans les secteurs et sur les distances prévus par la réglementation.
- Ils doivent être entretenus et alimentés par une installation fiable.
Un feu de pont, une lampe frontale ou une lumière blanche installée dans le cockpit ne remplacent pas les feux de navigation. Ils peuvent même créer une confusion en masquant les feux réglementaires.
Les trois couleurs à connaître
Sur un bateau classique, les feux de navigation utilisent trois couleurs principales : rouge, vert et blanc. Chacune donne une information précise.
- Rouge : secteur bâbord, c’est-à-dire le côté gauche du bateau en regardant vers l’avant.
- Vert : secteur tribord, le côté droit en regardant vers l’avant.
- Blanc : feu de mât, feu de poupe, feu tout horizon ou feu destiné à signaler une situation particulière selon le navire.
Les feux de côté, rouge et vert, couvrent chacun un secteur de 112,5 degrés. Le feu blanc de poupe couvre 135 degrés vers l’arrière. Ensemble, ces feux permettent de comprendre le cap relatif du navire observé.
Le moyen mnémotechnique le plus utile reste celui-ci : rouge à bâbord, vert à tribord. Si vous voyez les deux feux rouge et vert, vous êtes probablement face à l’avant du bateau. Si vous ne voyez qu’un feu blanc, vous observez peut-être l’arrière d’un navire, mais il faut tenir compte de sa configuration et de sa distance.
Les feux d’un voilier qui fait route
Un voilier faisant route peut présenter les feux suivants :
- un feu rouge à bâbord ;
- un feu vert à tribord ;
- un feu blanc de poupe ;
- un feu blanc placé dans l’axe, généralement appelé feu de tête de mât ou feu de mât, visible sur 225 degrés.
Dans la pratique, les voiliers de plaisance de petite taille utilisent souvent une combinaison plus compacte, par exemple un feu tricolore en tête de mât. Celui-ci regroupe les secteurs rouge, vert et blanc dans un seul appareil.
Un voilier de moins de 20 mètres peut également utiliser un feu combiné placé au sommet du mât, à condition qu’il soit conforme et correctement installé. Il ne faut pas ajouter n’importe quel feu blanc autour de ce dispositif : un feu tout horizon blanc placé trop près d’un feu tricolore peut rendre l’identification difficile.
Autre point souvent oublié : un voilier qui avance au moteur est considéré comme un navire à propulsion mécanique. Il doit donc montrer les feux correspondant à un bateau à moteur, et non uniquement ses feux de voilier.
Quand le voilier utilise son moteur
Le cas est fréquent au départ d’un mouillage. Le vent tombe, le moteur démarre et le bateau avance avec les voiles affalées. Même si vous êtes à bord d’un voilier, vous naviguez alors comme un navire à propulsion mécanique.
Pour un bateau de moins de 50 mètres, la configuration habituelle comprend :
- les feux de côté rouge et vert ;
- un feu blanc de poupe ;
- un feu blanc de mât visible sur 225 degrés, placé au-dessus des feux de côté.
Sur un petit bateau, le feu de mât est souvent appelé « feu tout horizon » dans le langage courant, mais les deux fonctions ne sont pas identiques. Un feu de tête de mât destiné à un navire à moteur couvre le secteur avant. Un feu tout horizon est visible sur 360 degrés et sert à signaler d’autres situations, comme un navire au mouillage.
Cette distinction a une importance concrète. Un feu blanc visible tout autour peut faire croire que le bateau est au mouillage, alors qu’il fait route. Avant de partir, vérifiez donc le mode d’allumage prévu par le constructeur : feu de mouillage, feu de route ou combinaison des deux.
Le bateau au mouillage
Un bateau au mouillage doit montrer un feu blanc visible sur tout l’horizon. Pour les petits bateaux, ce feu est généralement installé en hauteur, à un endroit où il ne peut pas être masqué par le mât, le taud, le bimini ou les voiles ferlées.
Dans une baie très fréquentée, ce feu est essentiel. La nuit, un bateau au mouillage sans feu peut disparaître complètement dans le paysage, surtout si le fond de la baie est éclairé par les maisons ou les quais.
À bord, le contrôle est rapide : avant de quitter le cockpit, faites un tour visuel autour du bateau. Le feu doit être visible depuis tous les secteurs. Un feu placé derrière le panneau solaire, sous le bimini ou dans le gréement n’est pas une solution satisfaisante.
Les petites embarcations de moins de 7 mètres peuvent bénéficier de dispositions particulières lorsqu’elles ne se trouvent pas dans un chenal étroit, une voie d’accès ou un lieu de mouillage très fréquenté. En pratique, le bon réflexe reste d’allumer un feu blanc tout horizon dès que le bateau est difficile à repérer. La prudence est préférable à l’interprétation minimale du texte.
Les feux des navires rencontrés
La lecture des feux devient plus simple si vous procédez toujours dans le même ordre. Ne cherchez pas immédiatement à deviner le type de navire. Commencez par observer les couleurs, le mouvement et la hauteur des feux.
- Rouge et vert visibles ensemble : vous observez probablement l’avant d’un navire qui vient vers vous.
- Vert sans rouge : vous voyez généralement le côté tribord de l’autre navire.
- Rouge sans vert : vous voyez généralement son côté bâbord.
- Blanc seul qui s’éloigne : il peut s’agir du feu de poupe d’un navire.
- Blanc fixe visible tout autour : le navire peut être au mouillage, mais il faut vérifier si sa position évolue.
Un bateau à moteur qui vient vers vous montre habituellement deux feux blancs dans l’axe : le feu de mât à l’avant et le feu de poupe à l’arrière, auxquels s’ajoutent les feux rouge et vert. À distance, ces feux peuvent sembler alignés et former une seule ligne blanche. C’est le mouvement relatif qui permet alors de confirmer la situation.
Si le relèvement du bateau ne change pas, mais que la distance diminue, le risque d’abordage augmente. Les feux aident à identifier la situation, mais ils ne remplacent jamais la veille visuelle, le radar ou l’AIS lorsqu’ils sont disponibles.
Les feux qui signalent une situation particulière
Certains feux ne servent pas à indiquer la route du navire, mais une contrainte ou une activité particulière.
- Deux feux rouges superposés : navire incapable de manœuvrer.
- Rouge, blanc, rouge : navire à capacité de manœuvre restreinte.
- Vert sur blanc : navire en train de pêcher, selon la configuration réglementaire.
- Rouge sur blanc : navire en train de pêcher au chalut.
- Jaune : certaines opérations de remorquage ou situations particulières.
Ces combinaisons peuvent être difficiles à distinguer dans le mauvais temps ou à grande distance. Ne vous fiez pas uniquement à la couleur. L’ordre vertical des feux, leur clignotement éventuel et la silhouette du navire donnent des informations complémentaires.
Un navire de pêche qui travaille avec des engins déployés ne se comporte pas comme un chalutier qui rentre au port. Si vous voyez des feux particuliers, ralentissez, augmentez votre distance de sécurité et cherchez à comprendre la situation avant de poursuivre votre route.
La visibilité réglementaire ne suffit pas toujours
La réglementation fixe des portées minimales de visibilité selon le type de feu et la taille du navire. Pour un bateau de moins de 12 mètres, les portées usuelles sont inférieures à celles exigées pour un navire plus important. Cela ne signifie pas qu’un feu faiblement visible est acceptable.
En mer, la portée réelle dépend de nombreux facteurs : état de la lentille, tension électrique, oxydation des connexions, embruns salés, condensation et angle de montage. Un feu qui semble puissant au port peut devenir presque invisible à travers une pluie dense.
Les feux à LED consomment peu et offrent une bonne luminosité, mais ils ne sont pas automatiquement conformes. Vérifiez la présence du marquage et de l’homologation adaptés à la navigation. Une ampoule LED de bricolage installée dans un ancien feu n’offre pas forcément le bon angle de diffusion.
Les erreurs que je retrouve le plus souvent
Lors des convoyages, les problèmes de feux sont rarement spectaculaires. Ils sont souvent très simples, mais ils apparaissent au pire moment.
- Le feu de poupe ne fonctionne plus à cause d’un connecteur oxydé.
- Le feu tricolore de mât n’est pas contrôlé depuis plusieurs mois.
- Le feu de mouillage est masqué par le bimini.
- Le propriétaire allume le feu de pont, mais oublie les feux de navigation.
- Le sélecteur du tableau électrique est mal identifié.
- Une batterie faible provoque une baisse de luminosité après plusieurs heures.
J’ai déjà vu un bateau quitter un port avec un feu rouge intermittent. À l’œil nu, depuis le quai, cela ressemblait à un simple reflet. À deux milles, dans une mer noire, ce type de défaut devient une information erronée pour les autres usagers. Un feu qui s’éteint et se rallume peut être interprété comme un feu spécial ou comme un signal lointain.
La vérification à faire avant chaque départ de nuit
Une vérification complète prend moins de cinq minutes. Elle doit être faite avant le départ, pas lorsque la nuit est déjà installée.
- Allumez les feux de route depuis le tableau électrique.
- Contrôlez le rouge, le vert, le blanc de poupe et le feu de mât.
- Activez séparément le feu de mouillage.
- Faites le tour du bateau pour vérifier les secteurs visibles.
- Contrôlez les feux avec le moteur en marche et les instruments allumés.
- Vérifiez que les feux restent allumés lorsque vous manipulez le sélecteur.
- Gardez une lampe étanche et une source d’alimentation de secours accessibles.
Ne remplacez pas un feu réglementaire par une lampe torche fixée provisoirement au balcon. Cette lampe peut servir à signaler votre présence en urgence, mais elle ne donne pas aux autres navires une information fiable sur votre cap et votre situation.
Feux, veille et bon sens marin
Les feux de navigation vous rendent identifiable. Ils ne vous rendent pas invulnérable. Une veille sérieuse reste obligatoire, y compris sur un bateau équipé d’un AIS, d’un radar et d’un écran multifonction.
La nuit, réduisez les lumières inutiles dans le cockpit. Un écran trop lumineux dégrade rapidement la vision nocturne. Préparez la route, baissez l’intensité des instruments et désignez clairement la personne chargée de la veille.
Si vous avez un doute sur la situation d’un autre navire, agissez tôt : réduisez l’allure, modifiez franchement votre route si nécessaire et utilisez la VHF pour clarifier la manœuvre lorsque le contexte le justifie. Un bon feu de navigation, une veille attentive et une manœuvre lisible forment un ensemble. Pris séparément, aucun de ces éléments ne suffit.