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Batteries lto : pourquoi ces batteries révolutionnent l’autonomie électrique à bord

Batteries lto : pourquoi ces batteries révolutionnent l’autonomie électrique à bord

Batteries lto : pourquoi ces batteries révolutionnent l’autonomie électrique à bord

Pourquoi on parle soudain des batteries LTO à bord ?

Si vous avez déjà fini une nuit au mouillage avec le frigo coupé, les feux de mouillage faiblards et l’angoisse de ne pas redémarrer le moteur au matin, cet article est pour vous.

Depuis quelques années, une nouvelle famille de batteries commence à faire parler d’elle sur les voiliers de croisière : les batteries LTO, pour « Lithium-Titane-Oxyde ». Ce n’est pas un gadget de geek : bien installées, elles peuvent changer radicalement l’autonomie électrique à bord.

Après plusieurs saisons à voir des parcs plomb HS prématurément, des LiFePO₄ mal gérées, et quelques installations LTO très convaincantes, je vous propose un tour d’horizon pragmatique : qu’est-ce que ces batteries ont de spécial, ce qu’elles permettent concrètement sur un voilier, et dans quels cas elles valent vraiment le coup.

LTO, c’est quoi exactement ?

Sans entrer dans le jargon d’électrochimie, les LTO sont une technologie de batterie lithium dont l’anode est à base de titane. Résultat :

Sur un bateau, ça se traduit par : une batterie qui encaisse les chocs, les charges rapides et les décharges profondes, et qui continue de travailler longtemps après que vos batteries plomb auraient rendu l’âme.

LTO vs plomb vs LiFePO₄ : le match à bord

Pour se repérer, prenons un cas typique : un voilier de 10–12 m, avec un parc service de 300–400 Ah en 12 V.

Comparons les trois grandes familles :

Batteries plomb (AGM, GEL, ouvertes)

Batteries LiFePO₄ (lithium fer phosphate)

Batteries LTO

Le tableau est clair : les LTO ne sont pas « juste un peu mieux » que le plomb, elles jouent dans une autre catégorie, surtout en durée de vie et en capacité à accepter les charges rapides.

Ce que ça change vraiment dans la vie à bord

Parlons concret. Voici ce que j’ai vu changer sur les bateaux passés au LTO (par rapport à un bon parc plomb en bon état).

1. Autonomie électrique réelle multipliée

Sur un 11 m équipé « croisière moderne » (frigo + pilote + instruments + éclairage LED + un peu d’électronique), on consomme en général :

Avec 400 Ah de plomb, on n’utilise en réalité que 200 Ah « confortables ». Avec 200 Ah de LTO exploités à 80 %, on a 160 Ah réellement utilisables sans scrupules. Sur le papier on a donc réduit la capacité, mais dans l’usage :

2. Temps moteur divisé

Anecdote vécue : convoyage d’un 12 m avec frigo gourmand, pilote costaud et seulement 200 Ah de plomb fatiguées. Résultat :

Sur un bateau similaire passé en LTO avec un parc correctement dimensionné :

3. Sérénité au mouillage

Avec un parc plomb, on vit souvent avec des « si » :

Avec un parc LTO correctement dimensionné, on passe au :

Ça ne veut pas dire gaspiller l’énergie, mais on arrête d’être esclave du voltmètre en permanence.

Les vrais atouts des LTO sur un voilier

Pour un usage croisière, je retiens surtout quatre avantages majeurs.

Une durée de vie qui colle à la durée de vie du bateau

10 000 cycles à 80 % de décharge, même si on les divise par deux pour rester prudent, ça reste largement supérieure à la durée de vie du reste de l’installation. En croisière classique, atteindre 3000 cycles de charge complets signifie des décennies d’utilisation.

Des charges rapides vraiment utiles

Une batterie qui peut accepter des charges à 3C, c’est une batterie de 200 Ah qui encaisse 600 A de charge théorique. On ne fera pas ça sur un voilier de croisière, mais même à :

on parle de recharges très rapides. Pratique pour :

Une tolérance énorme aux abus

Les LTO encaissent beaucoup mieux :

Sur un bateau, où les charges sont rarement « propres » et les usages assez erratiques, c’est un gros plus.

Une sécurité très rassurante

Techniquement, la chimie LTO est l’une des plus stables du marché. Les cellules supportent :

On ne parle jamais de zéro risque (on est à bord d’un bateau, pas dans un laboratoire), mais le niveau de sécurité est très élevé, à condition d’une installation correcte et d’un BMS sérieux.

Les limites et inconvénients à connaître avant de se lancer

Tout n’est pas rose. Si les LTO étaient parfaites, on en verrait déjà partout en série. Les principaux points de vigilance :

1. Le coût d’entrée

À capacité équivalente, un parc LTO coûte aujourd’hui plus cher qu’un parc LiFePO₄ « moyen de gamme » et évidemment plus cher qu’un parc plomb.

Par contre, si l’on raisonne en coût par cycle sur 10 ou 15 ans, les LTO commencent à devenir très intéressantes. Sauf que le skipper doit payer tout de suite pour des économies très lointaines…

2. La densité énergétique plus faible

Les LTO sont plus volumineuses et plus lourdes que des LiFePO₄ pour la même capacité. Sur un voilier de croisière classique, ce n’est pas forcément rédhibitoire (on remplace souvent plusieurs batteries plomb par un bloc LTO plus compact, malgré tout), mais c’est à intégrer dans le plan d’implantation.

3. La gestion de la tension et du BMS

En 12 V, on se retrouve en général avec des montages à 5 ou 6 cellules LTO en série.

Il faut donc :

4. Une techno encore peu « grand public »

Les LTO restent une niche. Vous trouverez :

Dans quels cas les LTO sont particulièrement intéressantes ?

Tout le monde n’a pas besoin d’un parc LTO. Voici les profils pour lesquels ça commence à avoir du sens.

Voiliers de voyage au long cours

Là, l’investissement se justifie : durée de vie énorme, charges rapides optimisées lors des navs au moteur.

Bateaux de location ou de charter intensif

Les LTO supportent bien les abus. Pour une flotte, amortir un parc sur 10 ans devient possible.

Skippers qui veulent un système « tranquille pour 15 ans »

Si vous refaites toute l’électricité d’un bateau que vous comptez garder, et que vous êtes prêt à investir aujourd’hui pour être tranquille demain, les LTO sont une option cohérente.

Comment dimensionner un parc LTO pour un voilier

La méthode reste la même que pour n’importe quel parc, avec quelques spécificités.

1. Évaluer la consommation quotidienne

On note les gros postes :

Sur un voilier de croisière, on tombe très souvent entre 60 et 150 Ah / jour, avec des pointes bien au-delà en navigation.

2. Choisir le nombre de jours d’autonomie au mouillage

Perso, je vise en général :

Exemple : consommation moyenne de 80 Ah / jour.

3. Vérifier que la stratégie de charge suit

Installer 400 Ah de LTO sans capacité de charge adaptée n’a pas de sens. Il faut :

L’avantage des LTO : on peut vraiment exploiter un alternateur de forte puissance sans avoir peur de « violenter » la batterie.

Adapter la chaîne de charge à un parc LTO

Trois points importants à vérifier ou modifier.

Alternateur moteur

Solaire et hydrogénérateur

Chargeur de quai

Erreurs classiques à éviter avec les LTO

L’installation reste plus tolérante que d’autres lithium, mais certaines erreurs restent coûteuses.

Un exemple concret à bord

Voilier de 11,50 m, programme : croisière atlantique + Méditerranée sur plusieurs années.

Résultat pratique rapporté par le propriétaire :

Faut-il passer au LTO maintenant ou attendre ?

La vraie question n’est pas « est-ce que c’est mieux ? », car sur la plupart des critères techniques, la réponse est oui. La question, c’est :

Si vous naviguez trois semaines par an, avec des nuits plutôt en marina et un parc plomb qui vous satisfait, ce n’est probablement pas prioritaire. Si, en revanche, vous vivez beaucoup au mouillage, que vous avez déjà « tué » plusieurs parcs plomb, et que vous en avez assez de faire des heures de moteur uniquement pour charger, les LTO méritent franchement d’être mises dans la discussion.

Comme toujours à bord, la clé n’est pas la technologie en elle-même, mais la cohérence de l’ensemble : parc, production, consommation et protection. Les LTO ne font pas de miracles, mais bien utilisées, elles peuvent transformer votre gestion électrique à bord d’un exercice contraignant en simple routine de fond.

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