Windguru Brest : utiliser les données de vent et de houle pour préparer vos traversées

Windguru Brest : utiliser les données de vent et de houle pour préparer vos traversées

À Brest, tout le monde a un avis sur la météo. Mais quand on commence à préparer une vraie traversée — vers les Glénan, la Cornouaille anglaise, Ouessant ou plus loin — il faut passer du “il va faire beau” à “j’aurai 18 à 22 nœuds de secteur Ouest, houle croisée de 2 m, courant contraire en sortie du goulet”. Et là, Windguru devient un outil précieux… à condition de savoir quoi regarder, et quoi ignorer.

Je vous propose de partir d’un cas concret : un départ de Brest pour Camaret, puis une traversée vers l’Aber Wrac’h, par vent de Nord-Ouest établi, avec un créneau de 36 heures. On va voir ensemble comment utiliser Windguru “Brest” pour décider :

  • si la fenêtre météo est jouable
  • comment adapter la route et l’horaire
  • quelles voiles et quels ris prévoir
  • quand renoncer avant d’être coincé dans le goulet ou secoué à la sortie

Comprendre ce que Windguru vous montre (et ce qu’il ne vous montre pas)

Avant de cliquer frénétiquement sur tous les modèles, prenons 2 minutes pour clarifier ce que vous avez sous les yeux quand vous ouvrez Windguru “Brest”.

Les données principales à suivre :

  • Vent moyen (en nœuds) : c’est votre base de travail pour la voilure et la vitesse fond estimée.
  • Rafales : la réalité dans les grains et sous les nuages. Un 18 nds moyen avec 30 en rafale ne se gère pas comme un 18/22 régulier.
  • Direction du vent : exprimée en degrés. 270° = Ouest, 315° = Nord-Ouest. C’est crucial pour la mer dans le goulet de Brest et en rade.
  • Houle (hauteur, période, direction) : le paramètre le plus sous-estimé par les plaisanciers, et celui qui peut transformer “petit force 4 sympa” en “journée pourrave et équipage rincé”.
  • Vagues windsea (mer du vent) : la mer directement générée par le vent local. Souvent plus courte et casse-bateau, surtout avec vent contre courant.
  • Modèle météo choisi (GFS, ICON, Arome, etc.) : ce ne sont pas des “opinions météo”, ce sont des modèles numériques différents avec leur résolution et leurs biais.

Et ce que Windguru ne vous donne pas directement :

  • le courant (courant de marée + résiduel) dans le goulet, en Mer d’Iroise, en Manche
  • la visibilité (brume, brouillard, grains, averses) sauf via des indices annexes ou en croisant avec d’autres sources
  • la hauteur d’eau et les coefficients de marée
  • le détail des systèmes météo (position du front, évolution de la dépression)

Autrement dit : Windguru Brest est un excellent outil pour vous donner une photo assez fine du vent et de la mer attendus, mais il doit être complété par un regard sur les cartes de surface, les courants et les marées. On y revient plus loin.

Quel modèle Windguru choisir pour Brest et l’Iroise ?

Si vous ouvrez Windguru Brest sans filtre, vous vous retrouvez vite avec 5 ou 6 tableaux différents. Lesquels garder pour préparer une vraie traversée ?

En pratique, pour la rade de Brest, le goulet et la zone jusqu’à Ouessant / Aber Wrac’h, je recommande ce combo :

  • AROME (1,3 km ou 2,5 km selon versions) : très haute résolution, précieux pour le vent côtier, les effets de relief, les rafales. Horizon utile : 24 à 42 h.
  • ICON-EU ou GFS : modèles globaux, moins précis localement mais utiles pour voir la tendance à 3–5 jours.
  • Un modèle de vagues (par exemple WAVEWATCH ou autre selon ce que propose Windguru au moment où vous regardez) : pour la houle et la mer du vent.

Stratégie simple :

  • J–3 à J–2 : regard global avec GFS/ICON pour repérer la fenêtre et les jours impossibles (coup de vent, mauvaise orientation de houle, etc.).
  • J–2 à J–1 : affiner avec AROME sur les heures de départ/arrivée, la force réelle dans le goulet, et la gestion des rafales.
  • J0 (jour J) : vérifier le matin même que le scénario ne s’est pas emballé (rafales qui montent, houle qui grossit, décalage de front).

Dès que les modèles ne racontent plus la même histoire, on arrête de se dire “celui-là m’arrange plus” et on se pose la vraie question : qu’est-ce qui peut se passer de pire si c’est le plus pessimiste qui a raison ?

Lire le vent pour votre traversée Brest > Iroise

Reprenons notre exemple : un départ de Brest un matin de juillet pour rejoindre d’abord Camaret, puis filer vers l’Aber Wrac’h, en visant une escale ou un mouillage en route si besoin.

Sur Windguru Brest, vous voyez :

  • Vent moyen : 15–18 nds de 310° (Nord-Ouest) toute la journée
  • Rafales : 22–26 nds en milieu d’après-midi
  • Mer : 1,6 m de houle Ouest-Nord-Ouest, période 8 s, plus 0,8 à 1 m de mer du vent Nord-Ouest
  • Ciel : quelques averses possibles, mais rien de structuré type front actif

Ce que ça veut dire concrètement pour vous :

  • Sortie du goulet : vent de Nord-Ouest = travers / largue dans le goulet si vous sortez avec la renverse de marée descendante. Mer localement agitée si la houle reste Ouest.
  • Route vers Camaret : plutôt confortable au portant ou bon plein, mais attention si vous avez des équipiers peu aguerris, les 1,5–2 m de mer combinée peuvent déjà bien brasser.
  • Retour ou route vers Aber Wrac’h : au près ou bon plein selon le timing. 18 nds moyen avec rafales à 26 dans 2 m de mer, ça peut vite devenir physique pour un équipage familial.

Dans cette situation, avant même de tracer une route sur la carte, vous pouvez déjà :

  • prévoir 1 ris au minimum d’entrée de jeu si vous partez avec famille ou équipage peu entraîné, 2 ris si vous anticipez les rafales et la mer.
  • vérifier que vous avez une voile d’avant réduite prête (génois enroulé, trinquette, ou au moins marques claires de réduction).
  • bloquer un créneau horaire qui vous évite d’être dans le goulet pile quand les rafales montent (d’après AROME, souvent en début d’après-midi en thermique d’été).

Ce n’est pas “il y aura 15 nds” ; c’est “j’aurai probablement 20–25 nds dans les claques, dans un couloir accéléré par le relief, avec une mer courte en sortie”. Ce n’est pas la même journée.

Interpréter la houle à Brest pour ne pas se faire piéger

C’est là que beaucoup se font surprendre : sur Windguru, on voit un “petit” 12–15 nds de vent, on se dit “sortie tranquille”, et on oublie totalement la ligne “Swell” (houle).

Pour Brest et l’Iroise, 3 paramètres de houle à surveiller systématiquement :

  • Hauteur (H) : 1 m, 2 m, 3 m… À partir de 2,5 m en Iroise, c’est déjà sérieux pour un voilier de location avec équipage moyen.
  • Période (T) : 6 s, 8 s, 10 s, 12 s… À 10–12 s, 2 m de houle longue, ça passe en douceur au large, mais ça peut casser très fort sur les hauts-fonds.
  • Direction : 270° (Ouest pur), 290° (Ouest-Nord-Ouest)… Une houle d’Ouest qui rentre dans la mer d’Iroise n’a pas le même effet qu’une houle de Nord-Ouest plus “oblique” par rapport à la côte.

Exemple classique vécu en convoyage : Windguru annonce

  • Vent : 10–13 nds de 250°
  • Houle : 2,8 m de 280°, période 11 s
  • Mer du vent : 0,5 à 0,8 m

Sur le papier, le vent est “facile”. En réalité :

  • à la sortie du goulet, chaque vague vous prend par le travers arrière, le bateau roule énormément, l’équipage se fatigue vite
  • sur certains passages de hauts-fonds (autour de la Jument d’Ouessant par exemple), la houle lève et devient franchement désagréable, voire dangereuse avec courant contraire
  • vos manœuvres deviennent compliquées : affaler, prendre un ris, envoyer le spi dans ce roulis, c’est une autre histoire

Dans ces conditions, Windguru vous avait tout dit… mais encore fallait-il savoir que 2,8 m à 11 s de 280°, ce n’est pas la même chose que 1,5 m à 7 s de 320°.

Vent + houle + courant : le trio à analyser avant de valider votre fenêtre

Windguru ne vous donne pas le courant, mais vous pouvez très bien croiser :

  • le vent et la houle sur Windguru Brest
  • les courants de marée sur les atlas du SHOM ou Navionics
  • les hauteurs d’eau et coefficients sur les horaires de marées (Brest, Le Conquet, Aber Wrac’h)

Ce qui doit faire tilt immédiatement :

  • vent d’Ouest 20 nds + houle d’Ouest 2 m + marée montante vers Brest = combinaison souvent délicate en entrée/sortie du goulet, mer brassée, parfois cassante sur les bords.
  • vent de Nord-Ouest 18 nds + houle de Nord-Ouest 2 m + courant de marée sortant vers la mer d’Iroise = mer plus forte et plus courte à la sortie du goulet.
  • vent contre courant sur des zones de hauts-fonds (Chenal du Four, raz de Sein) + houle résiduelle = configuration à éviter avec un équipage peu expérimenté.

Une règle simple pour Brest et alentours : si Windguru annonce plus de 20 nds moyens + plus de 2 m de houle dans l’axe du courant fort (raz, goulet, passages resserrés), vous devez avoir une vraie bonne raison pour y aller, un bateau en état, et un équipage prêt. Sinon, c’est souvent une meilleure idée d’attendre ou de raccourcir la route.

Construire une fenêtre de traversée avec Windguru Brest

Passons à la méthode. Comment, concrètement, je prépare ma fenêtre de traversée avec Windguru Brest ? Voici une approche que j’utilise régulièrement en convoyage, adaptée à un voilier de croisière entre 32 et 40 pieds.

Étape 1 : repérer les “jours rouges” et les “jours verts” à J–3 / J–4 :

  • J’ouvre Windguru Brest, je regarde sur 5 jours.
  • Je survole rapidement le tableau vent/houle des modèles globaux (GFS, ICON).
  • Je classe dans ma tête :
    • Jours rouges : vent > 25 nds moyens, houle > 3 m, orientation très défavorable (fort près contre houle, gros vent contre courant…).
    • Jours verts : vent 10–20 nds, houle ≤ 2 m, orientation compatible avec ma route.

Étape 2 : zoomer sur les “jours verts” à J–2 :

  • Je bascule sur AROME et sur le modèle vagues si disponible.
  • Je regarde, heure par heure :
    • évolution du vent (force et direction)
    • plages de rafales significatives
    • variation de la houle (montée, stabilisation, baisse)
  • Je croise avec les horaires de marée : à quelle heure puis-je sortir / rentrer dans le goulet avec du courant portant ou au moins neutre ?

Étape 3 : ajuster l’horaire et la route :

  • Si je vois que le vent forcit nettement après 15 h (par exemple 15 nds le matin, 22–25 l’après-midi), je cale mon départ pour :
    • profiter des vents plus maniables dans le goulet
    • accepter éventuellement plus d’air au large, là où la mer est plus longue et régulière
  • Si la houle est plus faible le matin et monte dans la journée, même logique : priorité à la sortie de rade à la “belle” heure de mer.
  • Si la houle est déjà forte mais tend à baisser, je peux retarder un peu le départ pour laisser la mer se ranger.

Étape 4 : décider… ou renoncer avant même le plein d’eau :

À ce stade, vous devez pouvoir répondre à trois questions simples :

  • Est-ce que j’accepte la force du vent annoncée pour mon bateau et mon équipage ?
  • Est-ce que j’accepte l’état de mer prévu (houle + mer du vent + courant) sur mes zones sensibles (goulet, Iroise, raz, hauts-fonds) ?
  • Est-ce que j’ai une marge : si le modèle s’est trompé de 5 nds ou de 0,5–1 m de houle, est-ce encore jouable ?

Si deux de ces réponses sont “non”, on est déjà dans la navigation forcée. C’est rarement une bonne idée.

Adapter la voilure et le routage grâce aux données Windguru

Windguru ne vous donne pas la taille de vos ris, mais il vous donne des chiffres très concrets pour anticiper votre plan de voilure.

Sur un croiseur de 35 pieds typique, vous pouvez appliquer ce genre de grille (à adapter à votre bateau, bien sûr) :

  • Vent moyen 10–15 nds, rafales < 20 : pleine grand-voile, génois presque entier, sauf équipage stressé ou mer résiduelle forte.
  • Vent moyen 15–20 nds, rafales 22–25 : 1 ris grand-voile, génois légèrement roulé. C’est la plage “confortable” si la mer suit.
  • Vent moyen 20–25 nds, rafales 28–30 : 1 à 2 ris selon la mer, génois bien réduit ou trinquette. C’est là que la houle prend toute son importance.
  • Vent moyen > 25 nds, rafales 35 : c’est une journée pour marins motivés, bateau préparé et équipage averti. Pour de la location familiale au départ de Brest, ce n’est souvent plus raisonnable.

Windguru Brest vous permettra de voir si le vent reste homogène sur toute la traversée ou si vous allez :

  • partir dans 12 nds et finir dans 25
  • avoir un trou de vent en milieu de route
  • voir arriver un front avec bascule brutale (par exemple passage de 210° à 300° en quelques heures)

Dans ces cas-là, vous pouvez :

  • préparer les bandes de ris avant de larguer (écoutes, bosses, prises de ris claires)
  • noter sur votre carnet de bord les heures critiques (par exemple “vers 16 h, vent qui tourne NW 25 nds”) à recouper avec ce que vous observez sur l’eau
  • adapter la route :
    • soit pour éviter d’être pile au près dans le renforcement
    • soit pour être déjà abrité ou au mouillage quand ça se gâte

Exemple complet : Brest – Camaret – Aber Wrac’h en 36 heures

Imaginons un week-end de navigation :

  • Samedi : Brest → Camaret
  • Dimanche : Camaret → Aber Wrac’h, puis retour Brest en voiture

Les données Windguru Brest (AROME + modèle vagues) donnent :

  • Samedi :
    • Vent : 12–16 nds NW le matin, 18–22 l’après-midi, rafales 26
    • Houle : 1,8 m NW, période 8 s
    • Mer du vent : 0,8–1 m
  • Dimanche :
    • Vent : 8–12 nds W le matin, 15–18 l’après-midi
    • Houle : 1,5 m WNW, période 9 s (en légère baisse)
    • Mer du vent : 0,5–0,7 m

Décisions pragmatiques :

  • Samedi :
    • Départ Bret au début de la marée descendante, vers 9 h, pour sortir du goulet avant le renforcement prévu en milieu d’après-midi.
    • Plan de voilure : 1 ris d’entrée, génois réduit d’1/3, quitte à réouvrir dehors si vraiment c’est trop sage.
    • Objectif : arriver à Camaret en début d’après-midi, avant que les 22 nds bien établis ne soient là, et profiter de la rade avant que l’équipage ne soit rincé.
  • Dimanche :
    • Vent plus faible mais mer encore présente. Départ tôt pour profiter du vent portant et d’une houle en légère baisse.
    • Route vers Aber Wrac’h en gardant en tête que la mer reste formée : manœuvres anticipées, voilure plutôt modérée, équipage briefé sur le roulis.
    • Arrivée avec la marée favorable pour l’entrée au port ou au mouillage, sans jouer avec les courants en fin de journée.

Dans cet exemple, Windguru Brest ne vous a pas seulement donné “il fera NW 15 à 20”. Il vous permet :

  • d’ajuster l’horaire de départ
  • de choisir une voilure réaliste
  • de calibrer les attentes de votre équipage (“ça va bouger un peu samedi, plus cool dimanche”)
  • d’éviter le piège classique du retour dominical à contretemps, dans une mer dégradée alors que le vent a pourtant baissé

Quelques pièges fréquents avec Windguru Brest (et comment les éviter)

En fin de compte, les erreurs que je vois le plus souvent à bord avec des équipages qui utilisent Windguru Brest sont assez répétitives :

  • Ne regarder qu’un seul modèle :
    • Solution : toujours comparer au moins un modèle haute résolution (AROME) et un global (GFS/ICON). Si les deux ne racontent pas la même histoire, on augmente les marges de sécurité.
  • Ignorer complètement la houle :
    • Solution : prendre l’habitude de lire hauteur + période + direction. Se faire une expérience personnelle : noter après la nav “2 m / 9 s NW, ressenti à bord = …”.
  • Se fier à la vitesse moyenne de vent sans regarder les rafales :
    • Solution : pour un équipage loisir, se caler plus sur la colonne des rafales que sur la moyenne pour dimensionner la voilure.
  • “Optimiser” la météo au lieu d’accepter la réalité :
    • Solution : quand vous commencez à dire “oui mais si le modèle est un peu pessimiste, on aura que 17 nds…”, vous savez déjà que vous êtes en train de forcer.
  • Oublier le courant dans le goulet et en Iroise :
    • Solution : pour Brest, toujours avoir sous la main un atlas de courants ou une appli fiable, et recouper avec Windguru. Vent + houle + courant, jamais l’un sans les autres.

Utilisé intelligemment, Windguru Brest devient un vrai partenaire de vos navigations, pas un oracle qu’on consulte la veille pour se rassurer. Quand vous commencez à lire les tableaux en pensant directement “voilure”, “état de mer”, “horaire de passage du goulet” plutôt que “wow, joli dégradé de couleurs”, vous êtes sur la bonne voie.